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Présidentielle
française : Je
Sonde, Donc Je suis Les
Français ont voté le 22 avril sans état d'âme,
confirmant ce qu'ils croyaient au tout début des sondages.
Régulièrement battus depuis plus de dix ans par des
populations angoissées au point de manquer de discernement,
les instituts de sondage français se sont rattrapés
avec la présidentielle du 22 avril dernier : Nicolas Sarkozy
et Ségolène Royal sont bien sortis du lot, au premier
tour, comme prévu. Mais, s'ils ont voté massivement et
sans état d'âme, il n'en demeure pas moins que
l’inquiétude reste face à l'image de la France dans
le monde.
La
Belle et
la Bête
L’écart n’est pas trop grand entre les prévisions et la réalité sortie des urnes, le 22 avril en France : les instituts de sondage ne se sont pas trop trompés pour une fois, contrairement à 1995 (Chirac) et 2002 (Le Pen). Ainsi, Nicolas Sarkozy, fils d’immigré, et Ségolène Royal, la native de Dakar, au Sénégal, sont sortis majors de leur promotion et ont reçu le droit de se représenter devant les électeurs le 06 mai prochain, pour un dernier combat qui verra sans doute la victoire de l’exclusiviste Sarkozy dont les thèses ont fait chaud au cœur à Le pen qui a remarqué, durant la campagne électorale, que les autres s’inspiraient de ses idées et qu’il était donc lui-même un laboratoire. Si, épistémologiquement, la tendance actuelle est maintenue, la France aura un président aux thèses apparentées à l’extrême-droite mais qui se dit lui-même soucieux d’être au service de tous les Français, de quelque bord idéologique qu’ils se situent, ce qui cachera une idéologie contre laquelle l’Europe s’est battue, notamment en mettant au ban de la communauté un régime dont les thèses eugéniques heurtent une morale réveillée par trois siècle d’obscurantisme. La france face à son destin s'est voulue sans état d'âme mais se pose déjà des questions sur les "combinazioni" possibles, en direction du 06 mai. L’enjeu était de taille pour des professionnels de l’opinion publique régulièrement en butte avec une réalité souvent éloignée de leurs visions et prévisions. Si personne n’a voulu tenir compte des avertissements des hommes de cultures (1), en particulier de ceux des rappeurs, le ramollissement célébral français semble se stabiliser face à un Euro définitivement fort qui emporte toutes leurs illusions. Des 27 Etats, la France populaire se désole d’avoir mal négocié l’Euro(pe) et se sent mal : ainsi, par exemple, la baguette de pain coûtait 5 francs et est devenue quelque peu plus chère avec l’euro (655 francs CFA, soit une majoration de 155 francs). Le thème de la "cohésion sociale", soubassement du gouvernement Raffarin III du 27 avril 2004, revenait sur l'égalité des chances, la mobilisation en faveur de l'emploi, en particulier pour les jeunes, et le droit au logement. La problématique de l'insécurité qui a fait le succès du candidat Jacques Chirac en 2002 et l'arrivée du Premier ministre Jean-Pierre Raffarin n'a pas trouvé grâce auprès des électeurs français qui n'ont pas conforté un gouvernement solidement secoué par les cantonales, les régionales et les européennes, avant les tentatives de sauvetage de juillet 2003 et les grandes réformes du quinquennat annoncées par le gouvernement Raffarin II (Juillet 2003-Mars 2004). L'appel implicite de l'électorat à une plus grande attention à la France et aux Français bon teint s'est vérifié avec le rejet du référendum européen de la fin-mai 2004 et le départ de Raffarin au profit de l'atlantiste Dominique de Villepin. Le pouvoir public français actuel n' jamais pu faire le lien avec son peuple pour retrouver l'importance des relations sociales dans un moment où tout nous invite au repli sur soi. C'est l'exclusion contre laquelle la jeunesse a manifesté à sa façon, par le feu, lors de la crise des banlieues d'octobre-novembre 2005 qui est aussi à craindre au soir du second tour. A l'heure de la ghettoïsation de la France, il paraît souhaitable en effet de dépasser cette forme de taylorisme intellectuel qui consiste à compartimenter le savoir et l'action au service d'une Nation. En d'autres termes, le gouvernement français, équipe tranversale et pluridisciplinaire, devrait pouvoir mobiliser à tout moment l'un de ses éléments pour faire face à une épreuve donnée. La crise de la canicule de l'été 2003 comme, bien avant, les problèmes liés à l'environnement, d'une manière générale, avait démontré la massification d'un ensemble difficile à faire bouger. Le résultat s'est vérifié dès mars 2003 avec le repli sur soi-même du Français de souche, alors que le Français d'adoption fantasmait autour de nouvelles réalités nourries par l'échec de l'intégration. Cette position vient en droite ligne d'une cohérence d'ensemble qui avait fait son succès en avril 2002 autour du thème générique de la sécurité. Les sociétés inquiètes de leur devenir avaient cru trouver dans la virilité la réponse à leurs angoisses : les Etats-Unis se dotaient d'un piètre acteur de série "B" qui ouvrait la voie à la guerre des étoiles, à Rambo et à ses biceps et à Shwarznegger; prudents, les Français qui ont toujours eu horreur de la guerre depuis la défaite d'Alésia et l'occupation de 1941 ont préféré verrouiller en imposant une cohabitation à Mitterrand dans l'incapacité de gouverner comme un roi : la crise de langueur fera le succès des plus pessimistes affublés de l’épithète de « déclinologues » ; les Anglais se consolaient avec une Dame de fer, symboliquement, Elstine qui vient de mourir bombardait la Douma, enfin les Yankees revenaient à leur traditionnel western spaghetti à la Sergio Leone genre « Le Bon, la Brute et le Truand » en nous dotant d'un piètre Bush qui a enlisé le monde dans le bourbier irakien, au mépris du bon sens, base populaire de la connaissance expérimentée. C'est que, à la puissance du verbe et à la force de l'idée, on a préféré une certaine idée de la force : l'absence d'éducation et de culture l'explique partiellement : la gracieuse et belle Ségolène Royal, dont la démarche de gazelle s'explique par le sol africain qu'elle a touché en premier en trouvant la vie, est une énarque ; elle sera probablement battue ; au Brésil, Cardoso, agrégé au programme dans toutes les bonnes facultés nord-américaines, a été évincé du pouvoir par un Lula ayant fait à peine 7 ans de scolarité : le pragmatisme l'emporte partout. Par
Pathé MBODJE, (Journaliste,
sociologue)
ORIENTATIONS BIBLIOGRAPHIQUES 1- Libération n° 7713 du 24 février 2006. 2-Alain Minc : "Le crépuscule des petits dieux", Grasset, 2006 (Contre-pouvoir et Non au référendum sur la Constitution européenne de mai 2005) ; Nicolas Baverez : "Le nouveau monde français" Pierre Lellouche : "Les illusions gauloises", Grasset, 2006 : face à l'immobilisme et au conservatisme de la société, remettre la France debout ! Ghislaine Oltenheimer : "Nos vaches sacrées", Nathan, 2006 3-Le Monde n° 18979 du 31 janvier 2006 révélait déjà, par exemple, le cas d'un François Bayrou qui coupe les ponts avec l'Union pour la majorité présidentielle (mais refuse de voter la motion de censure déposée le 9 février contre le gouvernement de Dominique de Villepin) au moment où le parti de la majorité enlève le canton de Sèvres à...l'Udf du même Bayrou. Appeler à voter Sarkozy le priverait d’une probable présidence puisque la Gauche devrait alors succéder à la Droite. 4- Le Parisien n° 19104 du 8 février 2006, page 8
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