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RELATIONS DE PARTENARIAT UNION EUROPEENNE-AFRIQUE

La volonté d’indépendance affichée depuis quelques années par le Sud dans ses relations avec le Nord s’est encore vérifiée à Lisbonne le 9 décembre dernier, confirmant dans ses grandes lignes Cancun, en 2003, les différentes hésitations de rencontres Union européenne-Afrique depuis 2003.

Le Zimbabwe de Robert Mugabe a servi de révélateur avec une Europe qui s'est trompée de pays et d’interlocuteurs tout au long de l'histoire, n'ayant pas elle-même respecté ses engagements, surtout économiques, ce qui a plongé les pays en développement dans la plus profonde crise qui soit. L’intransigeance d’un Mbeki le Sud-Africain et, subsidiairement, celle de Me Wade du Sénégal démontrent la profondeur de l'incompréhension, jusqu'au terme incongru "d'égal à égal" qui ne rend pas compte de la réalité.

THE PLANET OF...APEs

Par Pathé MBODJE, Journaliste, sociologue


    C'est à Dakar, trois jours après le sommet de Lisbonne qu'il avait quitté à la hâte pour des raisons religieuses avec le début des travaux de la ville sainte de Touba, que Me Abdoulaye Wade du Sénégal a expliqué les raisons de l'échec relatif de la rencontre Union européenne-Afrique qui s'est tenue pendant deux jours chez le Premier ministre Socrates : le vieux continent veut désormais "s'affranchir de la tutelle et du sous-développement". (Me Wade, Dakar, 12 décembre. Remise du prix sur la parité à Paul Kagamé du Rwanda, lauréat 2007).

    Un autre échec dans les négociations de partenariat entre le Nord et le Sud ?

    Depuis 2003 en effet, après Cancun, les relations entre le monde développé et les pays en développement connaissent plus de bas que de hauts. La preuve : à la veille de la rencontre de Lisbonne, le président sénégalais a reçu une motion de soutien de son Sénat qui l'encourageait à refuser le « bussiness as usal » du Nord, lui-même ayant théorisé à quelque temps de là sur la problématique des accords devant désormais prévaloir entre les deux parties.

    Au Portugal en ce début de fin d'année 2007, 80 chefs d’Etat et de gouvernement et/ou de hauts représentants des membres de l’UE et des pays africains se sont réunis autour du thème "Du Caire à Lisbonne : le partenariat stratégique UE-Afrique". Avec comme résultat une vague Stratégie commune UE-Afrique et le Plan d’action UE-Afrique. Cette rencontre au sommet s'est tenue sept ans après le premier sommet UE-Afrique du Caire en 2000, après la tentative avortée de 2003 avec ce qui aurait dû être le second sommet UE/UA annulé à deux mois de sa tenue dans la capitale... portugaise déjà.

    Premier impair qui ne rend pas hommage et reconnaissance à Albert Jacquard qui a fait l’éloge de la différence : "C’est un sommet entre égaux" pour d'anciens sujets considérés toujours comme des singes (Apes, en anglais) se balançant de liane en liane dans les forêts africaines et indignes de considération parce que ne respectant pas les seules normes civilisées qui vaillent : celles de l'Occident chrétien en croisade pour des idéaux religieux, philosophiques et idéologiques surannés. Le prétexte de la querelle Est-Ouest n’est plus de mise qui a permis, pendant longtemps, de fermer les yeux sur les errements des uns et des autres. Conséquence : Nicolas Sarkozy le Français qui refuse ostensiblement de serrer la main à Robert Mugabe le Zimbabwéen durant la rencontre Europe-Afrique de Lisbonne le 8 et 9 décembre dernier; Gordon Brown qui oublie ses couleurs brunes et boycotte contre la présence de même Mugabe, plus généralement l’Occident qui s’arroge unilatéralement le droit d’interdire à un élu africain le droit de visiter le Nord ou de disposer librement de ses sous qu’il aura volés à son peuple, avec la complicité de ses « partenaires au développement » ; Sarkory, Angela Markel l’Allemande venue du froid, Gordon Brown le sujet de Sa Gracieuse Majesté renforçaient ainsi le camp de lamantins occidentaux animé par les traditionnels solidaristes scandinaves (Suède et Danemak) renforcés les Pays-Bas.

    Les partenaires du Nord sont restés sourds depuis la chute du Mur de Berlin à la résurgence de la question nationale et de nouvelles formes de libération du continent africain de la domination étrangère, le fameux "s'affranchir de la tutelle et du sous-développement" du Sénégalais Wade. Surtout que, cinquante ans après les indépendances, l'Afrique est restée au même niveau de développement que dans les années 60, toutes proportions gardées, comme le prouvent différentes études au Sénégal (ESAM I et II en particulier).

    Quelles sont les formes de cette nouvelle décolonisation ? La Côte d'Ivoire, la zone des Grands lacs et, subsidiairement, le Maghreb et le Moyen-Orient jusqu’au Pakistan prouvent ad nauseam que les différentes approches proposées n'ont pas encore permis de remettre les populations concernées au travail ; ainsi et par exemple, Gbagbo l’Ivoirien a été obligé d’aller à Canossa le 4 mars en signant, à Ouagadougou, un accord de partage du pouvoir avec le rebelle d’hier Guillaume Soro ; Annapolis, aux Etats-Unis, nous ramène au Camp David de 1993, Bagdad et Islamabad sont plongés dans un désarroi sans fin raisonnablement prévalence, etc…

    Déjà en 2003, dans un article intitulé : "L'érosion de la Dépendance" paru dans "Croissance et Développement en Afrique", (Université de Georgetown), Mme Constance Freeman relevait l'échec des assises de l'Organisation mondiale du Commerce (Omc) de Cancun en septembre 2003. De même, Mme Freeman notait la mise en avant du Nouveau partenariat pour le Développement en Afrique (Nepad), le Kenya post-Arap Moi de décembre 2002 avec cette transition insoupçonnée il n'y a guère, pour trouver là des indices d'une nouvelle volonté de maturité politique des peuples anciennement sous domination.

    Le sud de l'Afrique est sorti de la crise avec l'affrontement est-ouest qui s'est arrêté suite à l'effondrement du rempart que constituait l'Afrique du Sud avec, singulièrement, la libération de Nelson Mandela en 1990, la liquidation de Savimbi l'Angolais en 2002 et le pathétique Alfonso Dlakama le Mozambicain qui se contente désormais de contester des élections par la voie des urnes et non plus par celle des armes (novembre 2004). Certes, la Somalie, le Soudan et la zone des Grands lacs connaissent des difficultés dans le processus de pacification et de règlement politique des différents ; ils le doivent plus, cependant, à l’ingérence étrangère (Etats-Unis, Chine qui ferment les yeux sur leur philosophie pour privilégier des balances commerciales).


ENCADRE
Le 3 mars 1978, les accords de Salisbury signés par Ian Smith avec des dirigeants noirs modérés comme le Révérend Abel Muzorewa, Joshua Nkomo et Ndabaningi Sithole aboutissent au principe d'élections multiraciales et à la fin de la domination blanche.
Les élections d'avril 1979 furent remportées par l'UANC de Canaan Banana et Abel Muzorewa, seul parti noir ayant renoncé à la violence et autorisé ainsi à concourir. Abel Muzorewa devint le nouveau premier ministre de la nouvelle Zimbabwe-Rhodésie le 1er juin 1979.
Cependant, le nouveau régime n'obtint pas de reconnaissance internationale du fait des restrictions imposées aux autres partis politiques noirs n'ayant pu participer aux élections.
En décembre 1979, le pays redevient la colonie britannique de Rhodésie et les accords de Lancaster House signés à la fin du mois aboutissent à un accord général aboutissant à l'octroi de garanties économiques et politiques pour la minorité blanche et des élections multiraciales prévues en février 1980.
Après une campagne électorale marquée par des intimidations de toutes parts, l'intrusion des forces de sécurité et des fraudes, les Shonas votent en masse pour leur parti communautaire, en l'occurrence la ZANU de Mugabe.
Le 4 mars 1980, la ZANU emporte 57 des 80 sièges réservés aux noirs alors que les 20 sièges du collège électoral blanc sont tous remportés par le Front Rhodésien de Ian Smith.
Le 18 avril 1980, Robert Mugabe devient le premier Premier ministre du nouvel Etat du Zimbabwe et Canaan Banana le premier président. (Nda : les accords de Lancaster House ne furent jamais appliqués dans leur intégralté, surtout sur le volet économique, ce qui a entraîné e retrait de certaines terres à la minorité blanche et le blocus imposé aux populations du Zimbabwe)

Source : Internet