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Le
Quotidien Qui sera mangé à la sauce paritaire ? La question et l’équation sur la parité ne sont à peine vieilles que de quelques jours et voilà que l’histoire semble donner raison à Penda Mbow, du Mouvement citoyen. Elle qui s’était, à bien audible voix, souciée de l’utilisation de cette affaire à des fins politiciens pour fragiliser les partis de l’opposition. Aujourd’hui, aucune personne, tant soit peu débarrassée de tout esprit partisan, ne doute de la manœuvre politicienne qui sous-tend la sortie du Président Wade sur l’obligation des partis politiques de se conformer à la loi de la parité sur les listes électorales, si elle est adoptée par l’Assemblée nationale. Seulement, cette volonté de plomber la liste ou les listes de l’opposition par le secrétaire général du Pds peut bien s’avérer un couteau à double tranchant. Si sa lame acérée peut bien couper les ambitions de l’opposition à cause de l’équation de choisir un homme pour une femme, en plus de satisfaire tous les prétendants aux fauteuils parlementaires, elle peut aussi saigner les mains rusées du pouvoir. Bien évidemment, le Président Wade et son parti, détenteurs de l’appareil d’Etat, instance de redistribution de sinécures, disposent d’une assiette plus large. Mais, certains responsables libéraux peuvent bien se dire que «tiens un fauteuil parlementaire vaut mieux que tu auras un strapontin sénatorial ou un poste de direction». Surtout quand il s’agit d’une promesse électorale de Wade. Toutefois, l’exigence de la parité sur les listes proportionnelles peut participer inconsciemment, à la recomposition de l’électorat d’une opposition défaite à la dernière présidentielle. Elle peut réalimenter cet électorat en porteuses de voix, surtout qu’une idée réelle ou reçue admet que les femmes sont politiquement plus mobilisatrices que les hommes, plus déterminées à faire triompher leur idéal militant. Qui plus est, on risque de se retrouver dans une élection, dans certaines localités, qui n’engage pas forcément l’image du Président Wade, avec des femmes issues des rangs de l’opposition face à des libéraux qu’elles risquent de déborder. Mieux, rien ne présume que la contrainte de la parité ne facilitera pas au bout du compte l’opposition dans la confection d’une liste, en ce sens que le consensus autour de l’intégration de femmes peut être obtenu sans soulever les récriminations et autres guéguerres de leaderships. Il y a aussi de l’élégance et de la courtoisie en politique, non ! En sus, l’opposition peut trouver dans la société civile, plus portée à la posture de contre-pouvoir, des «mamans porteuses» de leurs ambitions. Finalement, on ne sait pas qui sera mangé à la sauce…paritaire. L’opposition pourrait bien l’être, si elle se confine et se complaît à encore ronger cet os, le énième que lui sert Wade, dans son rôle de parfait scénariste politique.. Maintenant, il reste que le débat sur la parité, est surtout unilatéralement porté aujourd’hui par des intellectuelles. Ces porteuses de la parité, on ne sait même pas s’il faut les classer dans le registre moisi d’un féminisme vespéral ou de la revendication révolutionnaire atomisée de nos «moitiés du ciel» bien sélectionnées et sélectives. Ce qui est sûr, c’est que cette parité-là, qui se résume plus à des partages de sinécures, n’est pas la priorité des priorités des pileuses de mil de la Médina, des paysannes ployant sous les corvées d’eau et des éreintantes séances de préparation de repas, des ouvrières précarisées par la loi du profit des capitaines d’entreprises, des mères pour qui donner naissance à un enfant est devenu une loterie suicidaire. On aurait bien voulu que ces femmes, brandissant la parité comme un nirvana plus à acquérir sans coup férir qu’une conquête à arracher par le mérite et la compétence, qui ont pris d’assaut le palais pour crier leur obsession…paritaire, se fassent plus souvent l’écho des mères et de leurs consœurs exclues des services de santé, confinées à un analphabétisme chronique, soumises aux violences conjugales. Personne ne pourrait interdire de voir dans la démarche et dans le contexte de l’exhibition de la revendication paritaire, une manière opportuniste de se positionner aux prochaines échéances électorales, sur fond d’une approche sexiste qui ne dit pas son nom. Surtout, si on s’amuse à identifier les profils des femmes qui sont venues comme des pleureuses revendiquer le respect d’une parité qui ne se justifie que par les commodes arguties râpées sur toutes les aspérités d’un féminisme facile qui se décline en supériorité numérique ou en une répulsion d’un machisme envahissant.
Soro DIOP - |