Source : Sudonline.
Portrait Wade, plusieurs personnages en un seul
Par
Madior Fall -
Croquer Me Abdoulaye Wade
en cette période de campagne électorale. Quel périlleux
exercice ! Qui des Wade faut-il peindre ? L'intellectuel africain,«
le plus diplômé d'Alger au Cap », disent ses
affidés ? L'avocat du Front national de libération
(Fnl) d'Algérie, de Mamadou Dia, l'ex-président du
Conseil du gouvernement du Sénégal ? L'ancien doyen de
la Faculté des sciences juridiques de l'université de
Dakar, l'économiste ? L'architecte ? Le touche-à-tout ?
L'homme politique, ancien opposant libéral « Pape du
Sopi » ? l'ex-pensionnaire de la maison d'arrêt de
Rebeuss placé sous mandat de dépôt au lendemain
du scrutin houleux de 1988, arrêté également
après une marche contre l'apartheid en 1987, l'affaire des
policiers sur les allées du Centenaire, l'assassinat de Me
Babacar Sèye ? L'homme d'Etat, président de la
République « le mieux élu d'Afrique »,
vingt-six ans après la création du Parti démocratique
sénégalais, se plait-il à clamer dans certains
foras et cercles d'admirateurs où il aime se retrouver pour
développer quelques « grandes idées » ?Le
père de Karim et de Sindiély Wade, le fils du vieux Mor
Talla Wade et de Fatou Dabo ou le mari de Viviane Vert, la
Sénégalaise d'ethnie toubab. Son père, Mor Talla
Wade ne rechignait point à se ceindre les reins pour monter
sur les toits à Niari Tally (un quartier populaire de la
capitale du Sénégal) retapant l'étanchéité
des tôles ou des tuiles suintantes chez le voisin souvent, se
souvient Mme Pénéré Niane,voisine des Wade à
l'époque ? le talibé mouride ? L'éditeur de
presse ?C'est dire que le profil de l'homme, « touche-à-tout
» est difficile à tracer. Il y a plusieurs personnages
en un seul. Son énergie physique, intellectuelle et éclectique
débordante que plus jeune que lui, lui envie parfois, lui
vient-il de là ? Tout semble trop flou ou trop éblouissant
chez cet homme. Ombre et lumière se mêlent en l'être
dans une sarabande étourdissante. Tout est démesuré,
grandiose ou d'une insignifiance déconcertante ou encore,
d'une insouciante naïveté. Insaisissable, iconoclaste,
spécial, déroutant, rusé, d'où le
sobriquet de « Ndiombor » (le lièvre) que lui
avait malicieusement collé le président Léopold
Sédar Senghor pendant la campagne électorale de 1978 («
élections présidentielle et législative), la
première plurielle dans un Sénégal
post-indépendance. Il est crédité de plus de 25%
des voix à la présidentielle et le Pds envoie dix-huit
députés à l'Assemblée nationale.
Toujours à l'affût d'un « coup ».
Tous ces Wade en un ! Celui qui était dans sa prime jeunesse,
pour les rares photos montrées au public, un bel homme
assurément, un dandy tiré à quatre épingles,
est devenu, les 80 ans bien entamés, un homme aux traits
burinés, à la calvitie luisante, il n'en est pas moins
actif, débordant d'énergie comme si, chaque jour, il «
bouffait » du lion. Une nourriture saine et équilibrée
ajoutée à quelques exercices physiques,confient
certains de ses proches, maintiennent son tonus. Le pas encore
affermi, non hésitant. Rarement, on l'a vu en public, faiblir.
Certains ministres racontent qu'il soutient sans un pli, les longues
heures des multiples conseils qu'il préside, parfois dans une
seule journée. Les journalistes attachés à sa
caravane de la campagne électorale de 2000, étaient
souvent surpris de l'entendre les interpeller à trois heures
du matin dans un bled perdu, alors qu'ils venaient d'avaler avec lui
des centaines de km à travers le Sénégal, eux
qui mourraient de fatigue et qui ne demandaient qu'à dormir.
En 1974, naissait le Parti démocratique
sénégalais(Pds) à la faveur de l'ouverture «
senghorienne ». A sa tête, Me Abdoulaye Wade, qui, avec
un cercle d'amis, d'intellectuels, de travailleurs, parmi lesquels,
les regrettés Fara Ndiaye, le sociologue engagé,
l'islamologue Saliou Kandji. Autres membres fondateurs du Pds qui se
voulait à ses débuts un parti de contribution(ruse de
Ndiombor) le professeur Booker Sadji, l'ambassadeur Ahmet Khalifa
Niass, le journaliste Abdourahmane Cissé. Les défunts
Mamadou Puritain Fall, leader syndical, Boubacar sall, le «
lion » du Cayor un certain Léopold Faye avaient décidé
de répondre à l'appel de Abdoulaye Wade qui avait
quelques années auparavant, quitté l'Union progressiste
sénégalaise (Ups), l'ancêtre du Parti
socialiste(Ps) de Léopold Sédar Senghor.. En 1976, dans
le cadre de la loi des quatre courants (socialiste, libéral,
communiste,conservateur), sa formation travailliste à ses
débuts devient libéral pour se conformer à la
loi. Le seul parti d'opposition légal en 1974 est alors
rejoint par le Parti africain de l'indépendance (Pai) de son
ami Majmouth Diop rappelé récemment à Dieu, et
par le Mouvement républicain (Mrs), conservateur de feu Me
Boubacar Guèye.. Aux élections de 1983, il fut un
challenger redoutable pour le président Abdou Diouf qui se
soumettait pour la première fois à la sanction des
urnes. Serigne Diop, actuel ministre d'Etat auprès du
président de la République, raconte : « le 2
septembre 1974, nous étions environ 52 étudiants,
enseignants et jeunes travailleurs à aller adhérer au
Pds dont le siège se trouvait à l'époque à
la rue de Denain à Dakar, aujourd'hui dénommée
rue Mass Dhiokhané. Parmi nous, Abdoulaye Faye. Me Wade nous
responsabilisa dès cet instant. Deux d'entre nous, moi-même
et Assane Diop, furent cooptés dans le Comité directeur
». Un trait de caractère, le plus marquant chez l'homme.
Il n'est pas formaliste pour un sou. Des jeunes viennent adhérer,ils
n'ont pas encore fait leurs armes, ils sont plongés dans le
bain et cooptés dans le sein des seins. « Il nous confia
la mission de l'implantation et du rayonnement du parti sur
l'ensemble du territoire national. Nous étions seuls contre
tous. Non seulement contre l'Union progressiste sénégalaise
(Ups) au pouvoir, mais également contre tous les autres qui
nous regardaient de haut car aller dans la légalité
dans les conditions dictées alors par Senghor, était
synonyme de trahison à leurs yeux », poursuit Serigne
Diop. Parlant de l'homme, « sa propension à
responsabiliser les jeunes ne date pas d'aujourd'hui. Je me souviens
qu'à la conférence nationale du parti en 1975, c'est
aux jeunes qu'il avait remis l'argent nécessaire à la
manifestation. Il faut dire que nous n'avions pas à l'époque
pas plus de22 ans ». Me Wade s'est toujours comporté «
comme un bon père de famille sénégalaise,
attaché aux valeurs traditionnelles, très regardant sur
nos comportements. Il observait jusqu'au moindre détail, comme
il le fait qu'à nos jours. Il est également attaché
à l'amitié. Les vieux compagnons, il se souvient
jusqu'ici de leurs noms et prénoms. Il ne dormait jamais dans
les réceptifs hôteliers quand nous étions en
tournée à l'intérieur, il préférait
partager la concession du responsable du parti dans la localité
visitée ». Tableau idyllique ! Quid de leur rupture ? «
Un simple problème d'orientation. Tous les acteurs de cette
époque dans cette crise savent que ce qui, nous avait opposé
n'était rien d'autre qu'un problème d'orientation du
parti. Il est désolant d'entendre parler de manipulation comme
si des jeunes dont la plupart ont sacrifié leurs études
ou leur travail au profit de l'activité militante pouvaient
l'être ».
Et Serigne Diop de poursuivre, «
une sœur comme Suzanne Sanokho parce qu'elle s'était vue
refuser une permission d'absence pour suivre Me Wade lors de la
campagne électorale de 1978, avait démissionné
de l'Uit où elle travaillait. Depuis, en dehors de l'intermède
de l'Isefi et de la fonction de chef de cabinet dans mon département,
elle n'a plus retrouvé son activité ancienne. C'est
dire que notre engagement auprès de lui, tout comme nos
ruptures ne devaient rien à une quelconque manipulation ».
N'empêche, si l'actuel président de la République,
candidat à sa propre succession a mis au-devant de la scène
plusieurs jeunes comme Serigne Diop, son actuel ministre de
l'Intérieur, Ousmane Ngom ou encore sonancien Premier ministre
et n° 2 au Pds, Idrissa Seck, il devait avec tous en un moment ou
à un autre. Chacun d'eux, jusqu'à Modou Diagne Fada,
l'ancien ministre de l'Environnement connut la séparation
d'avec le « père ». Une séparation souvent
« terrible ». Me Wade tel Cronos de la mythologie
grecque, dont la femme et non moins soeur, donna naissance
successivement à six enfants parvint à les manger tous
à l'exception de Zeus, que Rhéa avait confié à
sa mère Gaia, n'a-t-il pas ainsi commis ou tenter de commettre
des infanticides ? Ou alors, l'ancien ministre d'Etat dans les
gouvernements élargis de Abdou Diouf, comme l'astre solaire,
a-t-il brûlé tous le Icares , qui se seraient trop
rapprochés de lui. Ou encore, est-il simplement un César
que les fils se firent le malin plaisir de trahir et de «
tromper » ? Son cheminement n'est assurément pas de tout
repos. Il est jalonné de césures fracassantes comme de
retrouvailles/retournements inattendus.
Cherchant à
rempiler pour un second et dernier mandat si la Constitution du 22
janvier 2001 n'est pas retouchée d'ici là, Abdoulaye
Wade a « ramené » tous ses enfants au bercail. Le
dernier en date, Idrissa Seck qui,malgré le maintien de sa
candidature a annoncé sur le perron du palais présidentiel
son retour à la maison du père. S'occupe-t-il de sa
succession ? Qui des « enfants » trônera à
la place du père ? Le Pds lui survivra-t-il ? Bien malin qui
donnera réponse à ces questions.
Vendredi 16 Février
2007
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