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CLINIC - Robert Sagna, candidat de la Coalition Takku défarat Sénégal : L’homme politique au parler vrai et sans casserole derrière

Longtemps annoncé, le livre de Souleymane Jules Diop sur Me Abdoulaye Wade va paraître demain aux éditions L’Harmattan. Dans cet ouvrage, qui a nécessité dix ans d’investigations, l’auteur tente de faire cerner aux lecteurs le personnage atypique qu’est Abdoulaye Wade. Tout en l’agrémentant de plusieurs révélations aussi bien sur sa vie privée, que dans ses responsabilités étatiques. Et ceux qui partagent et/ou qui ont eu à traverser un moment ou un autre sa vie, ont eu droit aussi à une analyse de Souleymane Jules Diop. Et le résultat produit par l’auteur est loin de plaider en faveur de Wade.

L’ingénieur agronome au look de diplomate est un monsieur vraiment cool, discret, posé, sobre, à l’allure sympathique et au parler vrai. On imagine mal ce monsieur vous raconter des histoires bien qu’il soit un homme politique, ou tenir un langage ordurier, voire simplement se disputer avec quelqu’un et encore moins avec un adversaire politique ! Mais n’allez pas lui chercher noise, car avec son calme légendaire et sa bonhomie, sur un ton toujours mesuré, il saura vous remettre à votre place sans même vous donner l’impression qu’il en a après vous.

Ce n’est pas pour rien que cet homme, un des barons du Parti socialiste, est celui qui a passé le plus de temps au pouvoir à des postes ministériels. Il dégage un tel sérieux et une telle assurance en toute occasion qu’on lui donnerait le bon Dieu sans confession. C’est vrai que notre bonhomme ne traîne pas de casseroles et comme il aime à le dire, en particulier à Abdoulaye Wade, il n’ y a pas de scandales liés à son nom.

Ce qui est rare chez nos hommes et femmes politiques ! Avoir passé une vingtaine d’années dans différents gouvernements de l’époque comme ministre, sans jamais avoir été mêlé à un quelconque scandale, il faut le faire. Il s’agit-là d’un atout considérable ! S’il pouvait inspirer la plupart de nos ministres actuels, le pays y gagnerait ! Il s’agit-là d’une sacrée prouesse pour laquelle cet homme peut être fier et prétendre à la magistrature suprême en regardant tous ses concitoyens, même ses adversaires politiques, droit dans les yeux ! Chapeau monsieur Sagna !

Une telle prouesse devrait être citée en exemple dans le Sénégal d’aujourd’hui ! Bien sûr, de mauvaises langues se dépêcheront de vous dire que monsieur Bob Sagna est tout de même comptable de toute la gestion tant décriée du Ps des quinze dernières années, qui ont précédé l’avènement de l’alternance politique de l’an 2000, qui a écarté le Ps du pouvoir.

Et monsieur Sagna, sortant de sa réserve habituelle, éclaterait de rires, en vous disant, le regard pétillant de malice, qu’en sept ans, le régime de l’alternance a fait pire que le Ps en 20 ou 40 ans. Et là, bien des Sénégalais et pas des moindres, profondément déçus, malheureux et impuissants devant la situation actuelle, vous diraient qu’avec ce qui se passe dans le pays depuis sept ans, ils en sont presque arrivés à regretter le départ de Abdou Diouf et du Parti socialiste du pouvoir.

Pauvre Sénégal ! Etre nostalgique de «l’enfer», parce que le «paradis» que l’on nous promettait s’est révélé un «enfer» pire encore, il n’ y a que chez nous que cela arrive. Et l’on imagine d’ici, Robert Sagna vous dire sans sourciller qu’il n’était ni Pm ni chef de l’Etat à l’époque du règne du Ps. Et c’est pourquoi il veut aujourd’hui mettre son expérience, sa maturité, son expertise, son intégrité et son savoir-faire au service de la Nation, en briguant la magistrature suprême.

Au-delà de ses inconditionnels, qu’en pensent ses administrés de Ziguinchor, ville dont il est le maire depuis longtemps ? Pendant que Abdoulaye Baldé, jeune poids lourd libéral, cherche à le bouter hors du pouvoir à Ziguinchor, lui, Robert Sagna épaulé par une poignée considérable de barons du Ps- dispute l’héritage Ps du leadership à Tanor Dieng qui ne se laisse absolument pas faire et qui voit, enfin, poindre son heure.

Robert Sagna est sur tous les fronts, car il ne veut pas se laisser pousser à une retraite politique anticipée et forcée, surtout que ce n’est pas pour rien qu’il semble avoir fait une cure de jouvence. En effet, il a perdu du poids, s’est affiné la silhouette et affiche une ligne et une condition physique que lui envieraient bien des quinquagénaires. Il a donné manifestement une tonalité beaucoup plus jeune, plus moderne et dernier cri à ses costumes et à son look plus svelte, plus alerte.

Ses lunettes à épaisse monture, qui lui bouffaient, durant des années, tout le visage, ont miraculeusement disparu pour libérer des traits faciaux fermes et sereins que ne viennent troubler aucun des stigmates de l’âge. Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour se mettre à son avantage, dans une démarche de séduction de l’électorat, en vue d’une élection présidentielle ? Robert Sagna vous dirait, avec son sourire énigmatique, qu’après tout, il a bien toute l’étoffe d’un homme d’Etat ! Pourvu seulement qu’il puisse en convaincre les Sénégalais d’ici un peu moins de deux semaines.

Catholique pratiquant, à l’image de Senghor, monsieur Sagna entretient d’excellentes relations profondes et quasi filiales avec les dignitaires des familles mouride, tidjane et layène. Le bonhomme est très bien introduit, sa route bien balisée, le discours bien articulé ; et il ne veut pas être le président des chrétiens, ni celui des diolas, des mandjacks et des mandingues, mais de tous les Sénégalais !

S’il est pondéré dans le propos et est d’une grande humilité, il n’en a pas moins laissé à l’opinion le souvenir d’un homme qui a fait preuve de beaucoup d’hésitation, d’irrésolution et d’imprécision, au moment fatidique et historique où il fallait affronter Tanor Dieng qui l’attendait de pied ferme sur le ring, pour le choix du candidat du Ps.

Un tel affrontement n’allant manifestement pas être à son avantage, Robert Sagna, préfèrera s’y prendre autrement, tout en ayant maintenu sa volonté de candidature à la présidentielle, sans exclure, pour autant, de probables retrouvailles ultérieures avec le candidat officiel du Ps. C’est ce que l’on appelle assurer ses arrières !

En attendant, chacun des deux va se peser sur la balance électorale et ils verront après. L’opinion de se demander toutefois, si les capacités de négociations de Robert Sagna et bien d’autres de ses qualités fort louables, par ailleurs, ne dissimuleraient pas certaines inaptitudes à l’affrontement et à une gestion franche, déclarée et ouverte des conflits.

Car, en politique et dans la gestion des destinées d’une Nation, il arrive très souvent que tous les problèmes et conflits ne puissent pas être gérés à l’amiable ni par la concertation ou l’évitement ou le louvoiement. Robert Sagna, assurément, doit bien en savoir quelque chose, lui qui s’est fait des cheveux blancs et très certainement des nuits blanches, dans la gestion des affaires dans la haute administration.

Il gagnerait à donner un peu plus de voix, à se montrer plus mordant, plus caustique, plus déterminé et plus combatif, afin d’étoffer plus son image et d’enlever à ses concitoyens, plus précisément les électeurs dont il demande les suffrages, l’impression que, pour lui, cette campagne et cette élection ne sont qu’une promenade de santé ou une sorte de baroud d’honneur qui aurait l’autre avantage ou inconvénient -c’est selon- de «gêner» Ousmane Tanor Dieng.

Quand l’on pense tout de même que lors de la campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2000, monsieur Sagna, manifestement à court d’argument et devant la grande aspiration populaire au changement qui devait forcément passer par le départ de Abdou Diouf, disait que l’on ne pouvait pas vouloir le départ de celui-ci, car Diouf, c’est Dieu qui l’avait mis là ! Il faut croire que Dieu a voulu que Diouf partît !

Et Robert Sagna doit probablement se dire, au plus profond de lui, que c’était peut-être là, le prix à payer pour une nouvelle redistribution des cartes qui lui permettrait de briguer le poste présidentiel en lui donnant toutes les chances de devenir, le 25 février prochain, le 3e Président socialiste, après Senghor et Abdou Diouf, à diriger le Sénégal. Si c’est là tout le bien que nous lui souhaitons, il appartiendra à l’électorat sénégalais d’en décider ! Robert a encore douze jours pour montrer si moom, mo ko yor ou non!

Par Mamadou MBODJI - Psychologue - UCAD -

  source Le Quotidien, jeudi 15 février