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| Source Fraternité Matin
Sommet France-Afrique - Mamadou Lamine Loum : “Il faut avoir une politique de partenariat”
- Propos recueillis sur RFI par Rémi Coulibaly -
Source : Fraternité Matin
N'est-ce pas une certaine Françafrique qui va disparaître jeudi
prochain au Sommet de Cannes avec les adieux de Jacques Chirac?
Dans un certain sens, oui. Parce qu'il y a une relève générationnelle entre la France et l'Afrique et de plus en plus, on se rend compte, ne serait-ce que dans les réunions internationales, que les acteurs eux-mêmes changent. Il y a de jeunes gens et de jeunes filles que l'on rencontre maintenant dans les réunions et qui sont totalement décomplexés face à la question de la décolonisation de papa et qui sont demandeurs de vérité crue et de relations de partenariats francs en faveur du développement africain. Vous avez participé les 6 et 7 février à Ouagadougou à une rencontre animée par Zéphirin Diabré sur Les sentiers de l'avenir entre l'Afrique, l'Europe et la France. Paris doit-il s'effacer au profit de Bruxelles, y compris sur le plan politique? Ce n'est pas tout à fait cela. Mais de plus en plus, côté africain comme côté français, il est clair que dans les relations bilatérales entre nos pays et la France, l'Union africaine et l'Union européenne ont leur mot à dire et de manière prononcée. Cela veut dire que, de plus en plus, la France n'a pas les moyens de sa grande politique africaine d'antan. Ces aides en faveur de l'Afrique baissent de plus en plus. On a même parlé d'ailleurs, de vérité des chiffres vers lesquels il faut aller pour montrer que l'on est plus proche de 0,20% que de l'aide officielle de 0,50% surtout quand on enlève quelques scories. Donc la France ne s'esquive pas, elle aura toujours des relations avec l'Afrique mais, de plus en plus, elle doit jouer un rôle pour que l'Afrique ne perde pas une place stratégique dans l'agenda de l'Union européenne. Ceci dit, nous sommes inscrits dans l'esprit du partenariat. L'Afrique doit prendre des initiatives dans ses relations avec la France et l'Europe, en étant capable de concevoir, de définir et d'énoncer une politique de partenariat qui aille au-delà des lieux communs du Nepad et c'est comme cela qu'on le voit. Il ne s'agit plus de s'installer derrière une politique africaine de la France, une politique africaine de l'Europe, il faut avoir une politique de partenariat où l'on peut dire voilà comment nous concevons l'aide extérieure, pour contribuer au développement de l'Afrique. C'est cela l'esprit central de la Déclaration de Ouagadougou. La montée en puissance de la Chine est-elle une bonne chose pour l'Afrique? A priori, je pense que les populations africaines voient d'un bon œil l'arrivée de la Chine. Bien sûr, çà et là, dans certains pays, il y a certaines réticences et peurs qui s'expliquent parce que quelquefois les importations chinoises s'accompagnent de menaces dans certains secteurs sensibles de l'économie. Je pense notamment au secteur du textile et du coton, à l'artisanat dans des pays qui n'arrivent plus à tenir la route compte tenu de la compétitivité des produits chinois. Oui, il y a maintenant des commerçants chinois au marché Sandaga à Dakar… Tout à fait, et c'est pour cela que je dis que certains pans entiers de nos secteurs de productions, notamment artisanales, sont menacés. Mais d'un autre côté, les consommateurs y trouvent leur intérêt ainsi que de nombreux petits revendeurs, de commerçants qui arrivent à tirer leur épingle du jeu ; en se mettant entre les consommateurs et les Chinois. C'est donc une relation qui va amener les autres, Américains, Européens et donc Français à réévaluer et mettre à jour leur forme de coopération pour pouvoir tenir la route et être compétitifs par rapport aux Chinois. Et comment empêcher que les Chinois inondent le marché artisanal en Afrique? C'est une question qui n'est pas simple ! Par exemple, quand le produit fini chinois, en l'occurrence la chaussure, arrive en Afrique et coûte moins cher que la semelle en cuir importée sur laquelle notre artisanat local travaille, cela pose un problème. Quand le yard ou le mètre d'un tissu arrive et est moins cher que le prix du coton qu'il a fallu garder, filer, tisser, imprimer pour se faire, cela pose aussi un problème. C'est une question dont je pense que les Etats doivent se saisir pour, avec les autorités chinoises qui sont, je pense, désireuses d'établir des relations de long terme avec l'Afrique, trouver solution. Samedi 17 Février 2007
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