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 Vox Populi Est-elle Toujours Vox Dei ?
Législatives sénégalaises du 3 juin :Des populations très peu prises en compte ont sanctionné les politiques, tous les politiques. Par une présidentielle jouée non le 25 février mais le 3 juin.

    Le Parti démocratique sénégalais (Pds) de Me Abdoulaye Wade, d'abord, ses obligés politiques financés pour essayer (inutilement) de lui porter la contradiction pendant la campagne électorale de mai, ensuite,  et, enfin, le gouvernement de Macky Sall n'ont pas pu convaincre l'électeur sénégalais le 3 juin dernier pour l'amener à remplir son devoir civique. Il a bougé avec la moue, non point tant, cependant, contre le président de la République ou pour répondre à un quelconque mot d’ordre de boycott que pour sanctionner les querelles politiciennes inévitables tant chez les non participants qu’au Pds d’après  investitures (1) et l'incurie d'une équipe incapable de répondre à l'attente sociale de l'électeur dans son métabolisme avec son environnement : se loger, se nourrir, se vêtir, se déplacer, se reproduire dans sa classe sociale d'origine, etc.

Cette tare touche aussi bien l’opposition dite significative qui a exercé ou participé au pouvoir, gérant les mêmes problèmes que ceux d’aujourd’hui, souvent en pire (mobilité urbaine par exemple) ; elle est aussi frappé d’incurie qui mène un combat générationnel contre l’appel de sang neuf que lance sa jeunesse au lendemain du 25 février, quand cette frange virile déplore le conformisme des anciens plus habitués aux révolutions de salons ou des rédactions des organes de presse que de la rue, lieu de prise de pouvoir ; ce même phénomène se vérifie dans la presse du 11 juin.

Pompeusement et systématiquement recensé après 18 ans et plus aux alentours de 5 millions grâce surtout à la nouveauté de la carte numérisée, le pouvoir politique avait  obligatoirement fait de ce Sénégalais majeur un électeur et non plus un simple citoyen dans la tourmente d'un siècle incertain et qui avait opté pour l'appel de la mer patrie pour résoudre ses contradictions quotidiennes (2), comme si tous les détenteurs de permis de conduire, au Sénégal, étaient obligatoirement possesseurs de voiture et chauffeurs. Février et le sérieux des candidatures de l'époque avaient fait espérer un moment une puissance que le citoyen-électeur aurait par sa carte pour rappeler tout le monde à l’ordre, à gauche comme à droite ; Me Wade, plus sensibilisé au sérieux de la situation actuelle et post-2012, y a mis plus le prix que ses adversaires pour ravir cet électeur en butte à une survie honorable. L'université "Gaston Berger" prenait alors le dessus sur sa rivale  "Cheikh Anta Diop" dans l'appréhension de la réalité électorale du 3 juin : en toute connaissance de cause, contrairement à ce que racontait "Gaston Berger", cet électeur avait voté en désespoir de cause. Ainsi, dès après avoir accompli leur geste civique le 25 février et plébiscité le candidat Abdoulaye Wade, les populations se sont mises à caricaturer ses affiches électorales et à s’interroger sur la portée réelle des résultats diffusés pour la présidentielle. Depuis, un ange est passé, qui laisse planer un arrière-goût de cendres.

La caricature doit aider, entre autres réalités, à percer l'âme du caricaturé dans ce qui le reflète le mieux : ce qu'il a de plus vrai en lui-même, c’est-à-dire ce qu'il a de plus drôle ; à l'inverse, le tag et les gribouillis sur les murs et les affiches révèlent l'âme en deuil de son idéal d'un électeur pris dans le paradoxe de voter sans illusion, par purs pragmatisme et opportunisme. Un bon conseiller en communication aurait dû décrypter le message et éviter l'immixtion de Me Wade dans la campagne électorale pour les législatives du 3 juin ; cela aurait épargné la remise en cause partielle de la légitimité d'un président nouvellement élu et les huées de la campagne, notamment le 24 mai (3), mais aussi l'occasion offerte à l'électeur de revenir vers lui-même qu'il plébiscite hors de tout doute possible, dans un vote "at abstat" ou, comme dit l’autre, par contumace. Surtout que le pouvoir en transition ne faisait rien pour atténuer la rancœur éventuelle des Sénégalais envers l’autorité.

La preuve par l'exemple ?

Le 4 juin, les populations de la banlieue immédiate de Dakar (Grand-Yoff) se sont remises à leur corvée traditionnelle : la recherche de l'eau pour le café et pour préparer les enfants pour l'école, en attendant la cuisine ; cela a duré toute la journée, avec des fortunes diverses. Le 5, un communiqué de la Société nationale des télécommunications (Sonatel) annonçait des fritures sur la ligne et quelques désagréments pour le consommateur, pour causes de manipulations. Déjà, les électeurs se lamentaient devant le manque et la cherté de certaines denrées de grande consommation, en oubliant le lait, l'arachide de bouche et l'aliment de bétail, qui ont aussi connu une hausse d'autant plus subie que le pouvoir ne prend même plus la peine de crier gare, au rythme où elle survient.

La conséquence immédiate ? Laissé à lui-même et à ses 13 nains associés, le Pds est revenu à la réalité des chiffres qui le poursuivent comme une malédiction depuis la nuit des temps : ses fidèles qui lui ont toujours assuré 20% de l'électorat  ont constitué principalement la tendance lourde observée le 3 juin (4) avec les 34,75% de participation, selon les sources officielles. En 2000 encore, c’est sensiblement ce même score qui lui a permis de figurer au second tour. Comment alors s’étonner du questionnement de certains acteurs politiques qui s’interrogent de cette participation officielle de 35% de l'électorat ?

            Alors, Vox populi Vox Dei ? Les populations d’aujourd’hui semblent sourdes aux supplications des hommes qui n’en font plus qu’à leur tête.

Par Pathé MBODJE,
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NOTES

(1)   L'Observateur" n° 1112 du 5 juin 2007, Page 6.

(2)  Devant l’ampleur du phénomène, surtout pendant l’été 2006, les artistes ont été priés de jouer leur participation pour dissuader les jeunes d’aller à Barsa ou Barsax, inutilement apparemment, puisque les voyages ont repris depuis mars 2007 puisque Pacotille continue de vanter les mérites de l’Atlantique.

(3)   L’Observateur n° 1104 du 25 mai 2007, page 5.

(4)   17,8% en 1978 (18 sièges), 13,97% en 83 (8 sièges), 24,74% en 88 et ses 27 sièges de 1993, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur.


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