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Présidentielle française : Nous ne Sommes pas Tous Ségo Devant la Loi Par Pathé MBODJE, Journaliste, sociologue En se souhaitant bon week-end le vendredi 3 mai, beaucoup de Français pensaient et espéraient une "divine surprise". Elle ne vint pas : la pucelle du Poitou-Charentes a rêvé un moment à Jeanne d'Arc au physique et au moral. Elle s'est brûlée. Ainsi, les «Yankees» ont leurs WASP, les «Boches» ou «Teutons» (Allemands) leurs Aryens, du moins sur le plan idéal-typique. Dans la réalité, l'Europe se construit avec des mélanges d'Hongrois petit-fils de Grec qui se plaisent bien à la magistrature suprême. Et tous espèrent désormais être Ségo devant la loi. L'électeur français n'avait pas la même préoccupation en se rendant aux urnes le 6 mai, pour le second tour de la présidentielle : bien que conscient que les dés étaient pipés, il a effectué un vote haut en couleurs. Les immigrants du Nord se disaient à l'aise avec une probable victoire de Nicolas Sarkozy, alors que le voisin du sud glissait furtivement son bulletin dans l'urne en se berçant d'illusions, comme certains Français de souche : tous espéraient secrètement une "divine surprise" qui les rendrait tous Ségo devant la loi. Le Libanais et l'immigrant Nord-africain du pourtout méditerranéen qui plébiscitent Nicolas Sarkozy ami de Hariri ("Aujourd'hui en France", numéro 1979 du 07 mai 2007) n'ont pas la même lecture du scrutin que le Sénégalais qui donne sa voix à Ségolène Royal ou même le ressortissant des Iles qui a refusé de recevoir Sarkozy en décembre 2005 lorsqu'il a évangélisé contre la racaille des banlieues à nettoyer au Kärsher ; dans les îles, le nouveau président français en gagne une et en perd trois.
La violente réaction d’une partie de la France qui rêve d’égalitarisme et de rejet du totalitarisme à Paris, à Lille, à Strasbourg, à Toulouse, à Lyon, à Nantes ou Rennes et l’appel des battus socialistes à respecter le vœu de la majorité sont déjà source d’inquiétude pour la présidence de Nicolas Sarkozy. Son escapade en Malte aux frais de riches (Vincent Boloré en particulier) a accentué ce malaise dans une société en crise identitaire devant les difficultés économiques nées de l’Europe. Le conflit d’intérêts que la presse souligne et retrace est en fait presque une allusion à des pratiques maffieuses entre un groupe qui exploite trente-sept casinos, dont un à …Malte, et le ministère de l’Intérieur français qui délivre les autorisations (« 20 minutes », Paris, n° 1189 du 09 mai 2007, page 8).
Dans la réalité, la présidentielle française du 06 mai a accentué la différence entre immigrés non plus seulement sur le plan générique, mais, bien plus sournoisement, sur la base de la couleur de la peau : les basanés du pourtour méditerranéen se sentent à l'aise devant le métissage culturel hongro-grec, finalement plus européen que cette invasion de la marée noire non pas seulement d'Afrique, mais aussi du sous-continent indien avec les Indo-Européens du Cachemire dont la seule différence avec le «bougnoul traditionnel» réside dans les cheveux et le nez des uns et des autres. Et parce qu’ils ont eu peur pour leur avenir, tous les ressortissants du pourtour méditerranéen ont effectué un vote haut en couleurs pour essayer de se différencier des bicots nègres qu’ils ont comme voisins ; les déclarations post-06 mai insistent en effet étrangement sur une couleur qui peut sauver face à une probable chasse aux sorciers noirs dans cette France qui vit toujours la thèse raciale de Pasqua et Sarkozy théorisée sous le vocable de l'immigration clandestine et articulée autour de la « reconduite à la frontière », terme pudique pour justifier les charters.
Le dérèglement climatique qui explique l'angoisse des sociétés à rechercher la force comme refuge se vérifie également au niveau de la vigueur générationnelle : les gens de couleur semblent soucieux d'amplifier leur présence par une excitation soudaine qui aboutit à un fertilité débordante.
Dans sa campagne d’affichage au lendemain du premier tour, Ségolène Royal s’était offert le luxe de se profiler en noir et blanc, regardant vers la gauche, dans ce qui devait être lu comme un signe de détresse et une analogie à Jeanne d’Arc entendant des voix lui intimant l’ordre de sauver la France des…envahisseurs ; elle partage avec la pucelle d’Orléans la même origine lorraine et ...son échec à bouter l’étranger hors des bourgs de Paris et de Navarre. Elle a appelé en vain le peuple de France à se « libérer », à être « fier et insoumis ». Elle était apparue en décembre dernier, lorsque la fin de l'année semblait enterrer les illusions gaulloises. Et, de société troublée, d'essence purement royaliste de droit divin où le soleil colonial de droit divin ne se couche jamais, la France était devenue moins machiste et propulsait Ségolène Royal. En pure perte, après le second tour ? Il est sûr que l'absence de virilité a fait le succès de Royal qui s'était elle-même prise au jeu en cherchant de l'"oxygène" pour la France ; ses compagnons ne l'entendront désormais pas de cette oreille, après cette troisième tentative présidentielle ratée, depuis le départ de Mitterrand.
Paris a bien résisté et a évité de s'amputer de son a : elle n'est plus totalement à droite quand la gauche contrôle onze communes sur 20 arrondissements. L'urticaire de Jean-Marie Le Pen s'expliquait par une France irisée aux couleurs de l'arc en ciel, après son passé esclavagiste et colonial, le maintien des anciennes colonies dans la misère et la pauvreté, d'une part, et le refus de la fatalité des dominés d'hier qui envahissent aujourd'hui les visiteurs d'hier, d'autre part. Blacks, Blancs, Beurs, la France ? Beaucoup se sont réveillés groggys, le lendemain du second tour de la présidentielle, avec …un œil au Beur Noir.
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