Coalition
africaine contre les Accords de Partenariat Economique (APE) et pour
l’ouverture d’un dialogue en vue de construire un partenariat pour la
croissance et le développement.
Appel des peuples d’Afrique à l’opinion publique européenne et internationale
« Jusqu’à présent,
nous avons eu une politique pour l’Afrique, il nous faut
aujourd’hui une politique avec l’Afrique (…) l’Afrique
est redevenue un enjeu géostratégique majeur sur la scène
internationale. Le continent africain retrouve aujourd’hui une place en
accord avec ses énormes potentialités dans les différents agendas
politiques internationaux. » José Manuel Baroso, Président de la Commission Européenne
« Si l’Europe n’a plus que la camisole
de force des APE à nous proposer, on peut se demander si l’imagination
et la créativité ne sont pas en panne à Bruxelles » Abdoulaye WADE, Président de la République du Sénégal.
En Afrique, comme en Europe, les peuples et les
dirigeants ont exprimé leur volonté de cheminer ensemble dans le
respect et la solidarité, pour consolider des liens que ni, l’histoire,
par moment douloureuse, ni les vicissitudes de l’évolution mondiale
n’ont réussi jusqu’ici à défaire. Cet acquis doit être préservé.
L’Europe a bien compris la force et le potentiel de
l’Afrique dans le contexte international actuel. L’Afrique est aussi
parfaitement consciente de cette réalité et a décidé d’imprimer sa
propre empreinte sur son évolution.
La construction d´un nouveau partenariat Europe-Afrique
demande cependant à la fois du temps, de la cohérence et une prise en
compte des déséquilibres de pouvoir économique et politique et des
ambitions légitimes de chaque peuple. Pour être mutuellement
avantageux, il doit être fondé sur des principes forts de respect, de
solidarité et de confiance.
Or, en cherchant à imposer les Accords de partenariat économique (APE)
comme seul modèle de partenariat avec l’Afrique, en ignorant les
nombreuses alternatives qui laisseraient aux pays africains la liberté
de mettre en œuvre leurs propres politiques de croissance et de
développement, en accentuant les pressions sur les gouvernements
africains pour la signature des APE et en sapant les fondements du
processus d’intégration du continent africain si difficilement mis en
œuvre, sur la base du principe « diviser pour mieux régner » de si
triste mémoire, l’UE contredit par ses actes son propre discours en
faveur de l’intégration et du développement de l’Afrique et se met en
porte à faux par rapport aux principes définis en commun.
Oui l’Afrique rejette les Accords de partenariat économique. Ces
accords portent en eux la désintégration des économies et institutions
régionales et rendront impossible tout espoir d’intégration
continentale. Ils rendront vaines les tentatives de construire des
marchés régionaux ou continentaux. En instaurant une réciprocité
commerciale faussement symétrique et inéquitable et en organisant
l’invasion de nos marchés par les produits européens subventionnés, ils
perpétueront la dépendance de nos économies aux seules matières
premières et détruiront nos industries vulnérables, tout en tuant dans
l’œuf tout espoir d’industrialisation future. Ils soumettront nos
agricultures et porteront de façon irréversible atteinte à notre
souveraineté alimentaire. Ils appauvriront nos Etats qui ne pourront
plus répondre aux besoins les plus élémentaires de nos peuples et
créeront les conditions à davantage de conflits et d’instabilité
politique.
Appauvries, sans perspectives de progrès et plongées dans un profond
désespoir, nos forces vives seront encore plus tentées par
l’immigration. Il est même à craindre que le forcing de la Commission
européenne, en dressant la jeunesse et l’intelligentsia africaine
contre la coopération avec l’Europe, ne soit totalement contre
productif. Cela n’est ni dans l’intérêt de l’Europe ni dans celui de
l’Afrique.
La période transitoire mise en avant et les milliards promis par
l’Europe ne seront à même de compenser les pertes commerciales,
économiques et politiques que ces accords nous feront subir.
Ayant étudié les impacts potentiels de ces accords, l’élite et les
masses africaines ont pris leurs responsabilités et exprimé leur refus
d’y adhérer. L’accord ne peut hypothéquer le droit inaliénable de nos
peuples au développement et au progrès. L’avenir ne dépendra pas de
l’assistance mais de la possibilité qu’auront nos peuples de créer par
eux mêmes de la richesse et de vivre ensemble sur leur terre dans la
paix et la dignité.
Pour nous, l’alternative se situe dans une intégration africaine
renforcée, dans la construction d’une agriculture qui nourrit les
hommes, un système industriel diversifié, des services dynamiques, des
Etats démocratiques qui jouent pleinement leur rôle pour faciliter
l’accès au progrès à leurs populations et donner éducation et emploi à
la jeunesse. Ces ambitions légitimes ne pourraient se réaliser si le
système des échanges qui lie nos économies au reste du monde ne permet
pas la création de richesses sur le sol africain et si nos économies
sont soumises à une compétition déloyale.
Cet appel est une main tendue aux peuples d’Europe.
L’Afrique ne s’oppose pas à l’Europe mais veut un partenariat
compatible avec ses intérêts et ses aspirations. Nous avons la ferme
conviction qu’africains et européens « devraient se forger un destin
commun en lançant les fondements d’une alliance objective sur la base
de leurs complémentarités. »
Nous appelons nos frères et sœur d’Europe, les intellectuels, les
organisations et associations, et toutes les personnes de bonne
volonté, amis de l’Afrique et simples militants de la justice, de
l’équité et du droit des peuples, à se joindre à nous pour que chaque
continent jouisse de son droit le plus simple : le Droit à la
croissance économique et au DEVELOPPEMENT.
L’Afrique et l’Europe, ensemble, devront redéfinir les termes d’un
partenariat qui assurent développement et prospérité mutuelle et qui
renforce la solidarité des deux continents face aux nombreux défis dans
le monde. Ce partenariat, pour qu’il soit durable, devra nécessairement
considérer les leçons de l’histoire ancienne et récente de manière que
nul ne subisse à nouveau les affres de la dépendance et de la
servitude.
Nous invitons tous les peuples d’Europe à cheminer avec nous pour faire
du nouveau partenariat euro-africain en construction un partenariat
stratégique orienté vers le développement économique et social et fondé
sur la solidarité, la complémentarité, la paix et le respect des droits
humains et des peuples en Europe comme en Afrique.
La Coalition africaine contre les Accords de
Partenariat Economique (APE) et pour l’ouverture d’un dialogue en vue
de construire un partenariat pour la croissance et le développement.
